Musée virtuel du Canada
Jardin botanique de Montral 
Centre d’étude de la forêt

Transcription du clip vidéo Relations futures : Une Terre en devenir

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(La vidéo présente des entrevues avec quatre chercheurs québécois sur l'avenir des forêts.)

Photo de Christian Messier, directeur du CEF, à son bureau

© Jardin botanique de Montréal
Christian Messier, directeur du Centre d'étude de la forêt (CEF)

(Christian Messier) Je pense qu'avec tous les changements qui sont inévitables, on regarde il y a comme deux trains qui sont lancés, qu'on essaie de ralentir ou même d'arrêter, mais qu'on ne va pas arrêter.

Le premier train, c'est les changements climatiques.
Je pense qu'on va faire beaucoup d'efforts dans le futur, qu'on va améliorer, mais même avec nos meilleurs efforts, il va y avoir beaucoup d'écosystèmes qui vont être fortement perturbés.

L'autre train, évidemment, c'est la population.

Donc on va avoir ces deux trains-là qui vont mettre une grosse pression sur l'environnement.

En même temps, on est de plus en plus sensibilisés à l'environnement.
On connaît mieux, comment peut-être, gérer nos écosystèmes pour minimiser les impacts.

Donc positif et négatif; je pense qu'on est capables d'améliorer les choses mais on va continuer à perdre une certaine quantité de milieux naturels.

On a perdu depuis les débuts de, je dirais, de l'expansion humaine, on a perdu 50 % des forêts du monde.
On avait environ 8 milliards d'hectares de forêts, on en 4 milliards maintenant, et probablement qu'on va en perdre un autre 1 ou 2 milliards.
Donc, ça c'est inévitable.

Mais une fois qu'on va avoir compris ça, peut-être qu'on va essayer de mieux gérer ce qui nous reste, et peut-être même de le restaurer petit à petit.

Mélange des deux alors, réalisme peut-être.

Photo de Michel Labrecque, conservateur du Jardin botanique de Montréal, dans l'Arboretum du Jardin

© Jardin botanique de Montréal
Michel Labrecque, conservateur du Jardin botanique de Montréal

(Michel Labrecque) Parfois, je suis assez pessimiste, et c'est difficile de ne pas l'être quand on regarde un peu la détérioration de l'environnement à l'échelle planétaire.

Les forêts qui se coupent, les mers qui se polluent, les espèces qui disparaissent, le réchauffement.

Je trouve que le portrait est très sombre.

J'essaie de ne pas tomber dans ce pessimisme, et de dire ben y'a quand même des éléments de solution, y'a quand même des bonnes choses ici et là, mais y'en a pas beaucoup, c'est des gouttes dans l'océan.
Je trouve ça inquiétant énormément.

Je pense que la surpopulation de la planète est LE facteur qui génère tout ça...
Le fait qu'on soit trop nombreux pour cette planète, trop nombreux à nourrir, trop nombreux qui envahissent les espaces, trop nombreux qui compétitionnent avec les habitants naturels pour d'autres espèces vivantes... trop nombreux à produire des déchets de toutes sortes qui polluent les mers, qui polluent l'air, le sol, etc.

On n'exploite pas les forêts de façon durable, on ne peut pas dire ça, au moment où on exploite les forêts, on détruit les forêts, on n'exploite pas les mines de façon durable, on n'exploite pas les mers de façon durable.

C'est une façon de parler, mais dans les faits, on détruit, on prend.
C'est assez difficile d'exploiter, de mettre le mot exploitation et développement durable, c'est des contradictions.

Pour cette raison-là, je suis assez pessimiste.
J'ai espoir quand même, j'essaie de garder espoir que avec... que l'homme sera assez fin pour réagir et continuer de réagir avant qu'il ne soit trop tard. Mais, je ne sais pas...

Là où ma position est, c'est qu'il ne faut pas abandonner.
Il faut se battre, il faut convaincre, il faut sensibiliser, il faut travailler...

Photo d'Alain Cogliastro, botaniste au Jardin botanique de Montréal, dans l'Arboretum du Jardin

© Jardin botanique de Montréal
Alain Cogliastro, botaniste au Jardin botanique de Montréal

(Alain Cogliastro) J'suis ... d'habitude optimiste, dès que le pessimisme monte, on dirait qu'il y a des solutions qui me viennent en tête.

J'ai l'impression que l'humanité va fonctionner avec des solutions.

Ça va être une forêt complètement transformée, partout sur la planète, c'est évident.

Je pense qu'on va être de plus en plus interventionnistes sur les forêts, que les forêts vont être transformées, vont je crois, ne pas être à l'identique de ce qu'elles étaient, mais vont probablement représenter des éléments clé de ce qu'est une forêt.
On va essayer d'assurer une certaine richesse, une certaine stratification, mais on va avoir des intérêts là-dedans, à avoir des espèces plus que d'autres...

Mais, bon, elles vont être transformées beaucoup.

Je pense que les éléments, la contribution vitale de ces forêts-là sur l'humanité va se maintenir à un niveau...
J'allais dire minimal, mais suffisante (sic).

Ça sera toujours une bataille je pense, mais je pense qu'on va travailler pour la maintenir, sinon on va souffrir beaucoup.

Photo d'Isabelle Aubin, chercheur scientifique au Service canadien des forêts, prise près d'une zone boisée

© Jardin botanique de Montréal
Isabelle Aubin, chercheur scientifique au Service canadien des forêts, Ressources naturelles Canada

(Isabelle Aubin) Je pense qu'il faut avoir de grandes questions philosophiques, je dirais, à se poser au niveau de l'avenir de la forêt.

En ce moment, on est en train de profondément transformer la forêt.

Un bon exemple je trouve, c'est la Malaisie, où le couvert forestier diminue très très rapidement.
Et souvent, l'argumentation qui est donnée par le gouvernement, c'est dire que le couvert forestier en réalité ne réduit pas parce qu'ils transforment des forêts primaires.

Donc des forêts vierges on pourrait dire, en tout cas des forêts d'une diversité très grande, en plantation d'huile de palme, donc des palmiers qui donnent de l'huile de palme.

Donc pour eux, c'est un couvert forestier.
C'est très différent de la forêt qui était là d'origine.

Donc va falloir se poser des questions sur la qualité des forêts, vraiment développer des indicateurs de qualité des forêts, et faire des choix sociaux.
Se demander si on veut, quelles priorités on veut mettre à la conservation.

Et aussi comprendre que quand on parle d'écosystèmes complexes comme les forêts, il n'existe pas une solution, mais il existe plusieurs solutions.

C'est souvent le problème, on cherche souvent à trouver une solution miracle.
Mais c'est dangereux, c'est dangereux, parce que la forêt a besoin de cette complexité d'utilisation, a besoin de demeurer complexe, et si on prend juste une solution, ben on va l'homogénéiser.

Si on continue à cette allure-là, la forêt naturelle n'existera plus.
Alors, va falloir se demander, va falloir poser la question : qu'est-ce qu'on veut conserver, et vraiment c'est quoi pour nous une forêt?


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